De si longues fiançailles

05 juin 2020

Lettre de Philippe à Denise, Bordeaux jeudi 27 avril 1933

Tu dois être maintenant à Paris, demain tu verras Indira et sa sœur, tu iras admirer le chef d’œuvre[1] de cette dernière, tu prendras le thé, tu feras des tas de choses que j’aimerais faire avec toi, tu iras partout où je voudrais être avec toi tandis que je resterai dans ma chambre en compagnie de ma pipe.

Dimanche prochain, je sortirai en bateau avec la « Simone » qui était de retour à Bordeaux bien avant que je quitte Royan et si tu étais hier encore en costume de bain à Foncillon, je serai au moins dans la même tenue dimanche après-midi.

Je songeais l’autre jour que tu as fait un pari qui peut avoir des conséquences graves : il faudra de toute façon boire une bouteille de champagne avec Serge[2] et Simone au mois de septembre … mais est-ce qu’il n’y aura que Serge pour représenter les flirts ( ?) de Simone ?...

Je t’envoie deux photos prises cet hiver. Tu y reconnaîtras Jean Brachet en soldat et moi-même –quant au troisième (qui a la pose la plus maritime ( ?), il ne connaît rien à un bateau.

1933 04 27 Jean Brachet & Philippe de dos   

Jean Brachet à gauche, Phil de dos, et à droite, l'homme à l'allure maritime qui n'y connait rien

1933 04 27 Jean Brachet   1933 04 27 Philippe

Navigation avec Jean Brachet (photo de gauche) (photo de droite, Phil au centre)

 1933 04 27 navigation avec Brachet (2)   1933 04 27 navigation avec Brachet (3)

  Navigation avec Jean Brachet sur la "Simone"

Maintenant, je prends un air féroce et jaloux pour te demander quel était ce flirt qui te raccompagnait dimanche soir après le cinéma ?

Tu me demandes dans ta lettre de te dire tout ce que je fais, « même les choses qui sont mal » ; je crois t’avoir tout dit et je pense qu’il n’y a guère de choses mal… Je n’ai d’ailleurs aucune envie d’en faire, de telles choses, à quoi bon, elles laissent un mauvais goût dans la bouche et dans la pensée, et puis, on ne les fait, ces choses-là, que lorsqu’on a le cafard… Or, je ne l’ai pas.



[1] Le grand tableau « Les Jeunes Filles » réalisé en 1932 et présenté au Salon des Beaux-Arts de Paris au Grand-Palais à partir d’avril 33, représentant Denise et Indira. (photo le 27 mai 1932)

[2] Je n’ai trouvé aucune référence à un nom de famille, mais je relève dans le carnet d’adresse de Denise de cette époque : Serge Maurio, 19 rue de la Trinité, Royan. En réalité, il doit s'agir de Serge Moriot que nous retrouverons en plusieurs occasions.

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04 juin 2020

Lettre de Denise à Philippe, Royan, mardi 25 avril 1933

Ta lettre m’a fait beaucoup de plaisir, d’autant plus que je commençais à trouver qu’elle se faisait attendre. Moi non plus, je ne suis pas du tout triste, tu es resté tout près de moi cette année et je n’ai pas besoin de fermer les yeux pour retrouver ta silhouette familière. Royan est à peu près désert maintenant, mais le temps est assez beau. Tout à l’heure, quand j’aurai porté ta lettre à la poste, j’irai m’installer sur la plage, au Chay ou à Foncillon, avec un livre. Je ne sais pas si je lirai beaucoup, mais je penserai sûrement à toi.

1933 04 25 Denise (1)  1933 04 25 Denise (2)

1933 04 25 Denise (3)  

Avril 1933, Denise au Chay

1933 04 25 Phil & Denise au Chay le 15  1933 04 25 Phil & Denise le 15

Avril 33, Philippe et Denise à Foncillon

 

1933 04 25 Denise Simone et un flirt au Chay le 15 (1)  Denise, Simone et un flirt, au Chay, avril 33

Hier, il faisait un soleil superbe, j’ai été en maillot toute la journée. Ce n’est peut-être pas charitable de te raconter cela, mais tu me demandes tout ce que je fais… Dimanche soir (pour me consoler de ton départ !), j’ai été voir Blonde Vénus[1].

1933 04 25 Blonde Venus   Marlène Dietrich dans Blonde Vénus

C’était quelconque, mais Marlène Dietrich ne joue pas mal. Il y avait aussi un violoniste qui n’était pas mauvais et un documentaire sur la pêche qui contenait de belles vues de la mer ; malheureusement, il était agrémenté d’un speaker aussi bavard qu’idiot. En rentrant à Foncillon, j’ai vu, oh horreur ! deux types qui s’embrassaient sur un banc… Enfin, dire que je les ai vus est peut-être exagéré, car la nuit était obscure, mais le camarade qui m’accompagnait et qui n’était pas myope, lui, m’en a assuré avec un dégoût profond.

En même temps que la tienne, j’ai reçu une lettre pittoresque et adorable de la petite Indu[2] (la plus jeune) émaillée de fautes d’orthographe. Il paraît qu’elle a beaucoup aimé la lettre que je lui ai envoyée, et qu’un passage surtout l’a énormément touchée. Je me demande lequel, je devais être dans une disposition d’esprit sentimentale ce jour-là. Enfin, (je ne vais pas jusqu’à insinuer que c’est le fait de mon absence) mais elle continue à maigrir et ne pèse plus maintenant que le poids modeste de 43 kilos, bien qu’elle mange « comme un cochon », paraît-il. Ça me fera plaisir de la revoir à la fin de la semaine, parce que c’est une charmante petite fille, intelligente et pas prétentieuse, et qui m’aime bien, je ne sais trop au juste pourquoi.

Indira détail Sigur Wittman 

Indira Sher-Gil, détail d'un portrait dessiné par Sigur Wittman, daté de 1933 (collection personnelle)

Et toi, Phil, que fais-tu ? Je pense que tu vas toujours à l’Ecurie et que l’expression imagée d’Indira[3] pourrait peut-être s’appliquer aussi à toi, mais au moins, pour toi, le résultat est visible !

Je t’écris des choses bêtes, mais le soleil vient de se lever brusquement et me trouble les idées. Il doit faire bon sur la plage maintenant. Je ne suis pas encore sortie depuis ce matin, il est trois heures et je suis en robe de chambre. C’est honteux.

Tu es prié de me répondre tout de suite –à Paris, puisque j’y serai jeudi soir, et de me dire tout ce que tu fais, même les choses qui sont mal… Est-ce qu’Alfred[4] va bien ?

Je voudrais bien être à côté de toi dans le salon, pendant que ma tante[5] ronfle et que tu me racontes que tu as pris une lanterne sourde[6] pour venir me retrouver…

1933 04 25 lanterne sourde en métal  Lanterne sourde en métal



[1] Blonde Vénus est un film américain réalisé par Josef von Sternberg, avec Marlène Dietrich, sorti en novembre 1932 en France. Résumé : Helen, une ancienne danseuse de cabaret venue d'Allemagne est mariée à un chimiste américain, Edward Faraday, malheureusement gravement irradié par du radium. Pour gagner de l'argent dans le but de soigner son mari en Europe, Helen retourne sur scène, dans le rôle de « la Vénus blonde », et obtient chaque nuit un vif succès. Elle se sent aussi très attirée par un fringant homme politique : Nick Townsend captivé par la Vénus blonde, qui va lui offrir un soutien financier.

[2] Indira Sher Gil (1914-1975) est la jeune sœur de la peintre Amrita (1913-1941)

[3] l'expression imagée d'Indu: "manger comme un cochon".

[4] Première fois que ce prénom apparaît. Il s’applique à un ami assidu de Philippe, et par conséquent, je pense qu’il s’agit de Lafon, dont le prénom n’est jamais donné.

[5] La tante est Marie-Broussard, sœur aînée de la mère de Denise et propriétaire de la ville du front de mer à Royan.

[6] Une lanterne sourde est une lanterne dont certaines parois sont opaques, de telle façon que celui qui la porte puisse voir sans être vu et masquer complètement la lumière en cas de besoin.

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03 juin 2020

Lettre de Philippe à Denise, Bordeaux, lundi 24 avril 1933

Si tu savais combien je suis heureux, malgré l’éloignement de toi ! Tu me disais hier que tu n’arrivais pas à être triste de mon départ : moi non plus, parce que, si je t’ai quittée hier, j’ai quand même emporté beaucoup de choses de toi. Sans parler des photos qui peuvent rendre plus tangible le souvenir que j’ai de toi, j’ai cette pensée qui chante en moi : tout est comme avant que j’aie cessé de lui écrire, mais nous nous aimons toujours et même plus, et je la reverrai… et puis la certitude de t’avoir retrouvée après en avoir douté et puis des tas de sentiments indéfinissables, et puis… j’sais pas… Pourtant hier soir en te quittant, je n’étais pas très gai au fond de moi-même.

1933 04 24 vendredi Philippe sur la falaise au Chay le 14  1933 04 24 samedi Le Chay Denise Philippe Simone le 15

 Philippe sur la falaise du Chay le 14 avril 1933               Le Chay, Simone, Philippe et Denise, le 15 avril 1933

Bordeaux n’avait pas changé pendant mon absence et j’ai retrouvé hier et aujourd’hui les visages habituels en même temps que je me remettais à faire les mêmes choses qu’il y a quinze jours.

Retourné au cours ce matin (pas intéressant). J’irai peut-être ce soir à « Je suis un évadé[1] ».

1933 04 24 Je suis un évadé  Le film "Je suis un évadé".

Et toi, qu’as-tu fait ? la blonde Vénus-Dietrich[2] t’a-t-elle charmée ? Raconte-moi ce que tu fais, même les plus petites choses puisque je connais le cadre où tu es et qu’il me sera possible de t’imaginer dedans.



[1] Je suis un évadé, 1932, Drame/Film policier réalisé par Mervyn LeRoy avec Paul Muni, Glenda Farrell.  Synopsis : après une réadaptation difficile à la paisible vie qu'il menait avant d'être envoyé sur le front de la première Guerre Mondiale, James Allen se retrouve au bagne suite à un hold-up. Après s'être évadé, il change d'identité et au bout de quelques années devient le directeur d'une entreprise florissante. Tout semble sourire à Allen, jusqu'à ce que Marie Woods découvre son secret et décide de le faire chanter...

[2] Denise en parle dans sa lettre du lendemain.

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02 juin 2020

Lettre de Philippe à Denise, Bordeaux, 5 février 1933

J’ai un peu honte en commençant ma lettre, parce que, si je ne t’ai pas écrit plus tôt, c’est que je boudais comme un petit garçon auquel on refuse quelque chose. Il est vrai que je n’avais peut-être pas complètement tort ! Sais-tu que je suis resté trois semaines sans que tu m’écrives ? Et au bout de ces trois semaines, je reçois une lettre de Denise qui me dit qu’elle commence juste ses lettres de 1er de l’an, et j’avais tout lieu de croire qu’elle m’écrivait par politesse –il faut bien répondre aux lettres qu’on reçoit-

Je suis aussi très flatté que ta mère me mettre sur le même plan que Rosé[1], mais je ne tiens pas du tout à ce que tes sentiments envers moi soient les mêmes que ceux de Simone envers Rosé.

Julie compare ses futurs gendres

Julie compare les mérites de ses deux futurs gendres....

 

[1] Lucien Rosé, futur époux de Simone, la sœur de Denise.

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01 juin 2020

Lettre de Philippe à Denise, Bordeaux 8 janvier 1933

Si tu savais combien il m’est difficile, parfois, de ne pas t’écrire, de ne pas t’appeler, parce que je me souviens aussi et non seulement des Noëls précédents, mais également de tous les jours où je t’ai vue et de tous ceux où j’ai pensé à toi. J’ai cessé de t’écrire et j’ai eu tort de le faire sans au moins t’expliquer pourquoi.

Je suis parti à la poursuite d’un rêve que je réaliserai malgré tout, mais qui n’est pas tel que je l’imaginais. Je ne sais pas d’autre vie pour moi, que d’être sur l’eau, cela, je n’y peux rien, je suis ainsi fait. Pourtant, j’avais rêvé aussi d’un foyer, d’une demeure où je t’aurais retrouvée, toi et pas une autre… , mais est-ce parce que je travaille mal, est-ce pour d’autres raisons, le but à atteindre s’est toujours éloigné de moi.

Et puis, à mesure que j’avançais dans la vie, j’ai compris que se créer un foyer n’était pas uniquement pour soi, que cela devait être surtout pour la femme aimée… et le foyer d’un marin n’est guère abrité.

Marin contemplant la mer Marcel Mochet expo Habiter la mer

Marin contemplant la mer, photo Marcel Mochet, exposition "Habiter la Mer". 

Mais j’ai appris également que vivre ne consistait pas seulement à admirer ce qui est beau dans le monde, être insouciant… Il faut de l’argent, je n’en ai guère et ce n’est pas dans mon métier qu’on en gagne beaucoup !

Toutes ces raisons ne sont guère belles, mais ce sont celles des Hommes et ce n’est pas ma faute si la société est ainsi faite. Le mot vivre = gagner de l’argent, et je ne comprends pas l’argent : il me brûle les doigts et glisse comme des gouttes de pluie.

Pardonne-moi, Denise, de ne t’avoir pas écrit depuis si longtemps –depuis trois mois, je n’écris plus à personne d’ailleurs et n’attends plus de lettres. Pardonne-moi, surtout, d’être une cause, involontaire, de chagrin.

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31 mai 2020

Lettre de Denise à Philippe, Paris, samedi 24 décembre 1932

Philippe, j’ai beaucoup hésité avant de t’écrire cette lettre, et si je me décide aujourd’hui, c’est que nous sommes le 24 décembre, veille de Noël. Je me suis rappelée les Noëls des années précédentes, un peu tristes parce que tu étais loin de moi, et ceux, plus lointains, où j’étais une petite fille qui songeait seulement à s’amuser –sans réfléchir. Alors, je n’ai pas pu supporter l’idée que ce jour passerait sans que l’un de nous, au moins, ait une pensée pour l’autre et le lui fasse savoir.

Philippe, je n’ai pas compris encore la façon dont tu agis envers moi. Je croyais te connaître… mais qui connaît-on, hélas !

Et pourtant, tout au fond de mon cœur, je reste persuadée que tu es le garçon sincère et loyal que j’ai connu, que j’ai aimé.

Alors, vois-tu, si tu ne m’écris plus, si je ne peux plus avoir confiance en toi, en qui aurai-je confiance jamais ? C’est comme si tout s’écroulait devant moi, je n’ai foi en rien ni en personne, je n’espère plus rien…

Je ne te reproche rien, tu m’es toujours aussi cher, et peut-être ne méritais-je pas ton amour. Et pourtant, Phil, tu sais, quand ton souvenir aura quitté mon cœur, il n’y restera rien, ni illusions, ni pureté, ni pitié pour les autres hommes. Pardonne-moi, peut-être m’aimes-tu encore et te fais-je souffrir, mais ne crois pas être le seul. Vois-tu, Phil, tu n’as pas le droit de me laisser dans l’incertitude : crois-tu donc que la vie n’a pas été assez dure pour nous deux, que tu y ajoutes pour moi une souffrance supplémentaire…

Pardonne-moi, pardonne-moi, je donnerais tout pour que tu sois heureux… mais c’est si triste, ce Noël, si tu savais. Ecris-moi, je t’en supplie, tu n’as pas le droit de ne pas m’écrire.

                                                                                                                                             Denise

Oléron Philippe    irrémédiable?     denise floue

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30 mai 2020

Lettre de Denise à Philippe, Paris 1er et 2 Octobre 1932

Joséphine Baker et un mariage dans la Marine

Décidément, Phil, tu es un très méchant garçon. J’ignore quel jeu tu joues avec moi en ce moment, et je n’ai plus le courage de te faire des reproches. Je pense seulement que cette même nuit, la semaine dernière[1], j’étais sur le route de Bordeaux à Royan, à moitié endormie et aveuglée par les éclairs, car nous avons été pris en cours de route par un orage terrible, et nous sommes arrivés à Royan à minuit passé, intacts je ne sais par quel miracle ; vers Mirambeau, la foudre étant tombée assez près de nous pour éteindre les phares. Et ce soir-là, pourtant, j’étais heureuse. Quelques jours ont-ils donc suffi pour te faire oublier la promesse que tu m’avais faite de m’écrire, Phil ? Je suis profondément découragée, tu sais.

Il est deux heures dans la nuit, tout le monde dort et je t’écris sur mon lit. Toutes tes lettres sont autour de moi. La première date de deux ans –du 2 octobre 30 exactement- Je les ai relues toutes, et vraiment, dans toutes celles de cette année, je n’ai pas retrouvé le Phil du début, celui dont j’étais sûre qu’il m’aimait….

… Pour passer à des sujets moins tristes, je vais te parler du mariage de mon amie[2] qui a eu lieu hier soir et où je me suis bien amusée.

1924 09 Solange Bourgoin La Baule  1932 09 30 Azyyadé 1879 dessin Solange

Solange Bourgoin à la Baule en septembre 1924             Dessin de Solange représentant Azyyadé de Pierre Loti

1932 09 30 mariage Solange Bourgoin (1)   1932 09 30 mariage Solange Bourgoin (2)

 Faire-part du mariage                                              Les nouveaux époux à la sortie de l'église

1932 09 30 mariage Solange Bourgoin (3)   1932 09 30 mariage Solange Bourgoin (4)

 Demoiselles d'honneur et leurs cavaliers, Denise à droite

Le Génie Maritime est un corps d’élite en ce sens que tous ses membres ont semblé particulièrement sensibles à mes charmes. J’ai dansé comme une folle tout l’après-midi, et j’ai terminé dignement la nuit flanquée de trois G.M.[3] qui se disputaient l’honneur de danser avec moi (c’était très amusant, mais assez fatigant) dans une boîte dont le nom t’a fait rire un jour : La Boîte à Matelots[4]. Hier, elle était pleine de monde et d’entrain, et c’est là qu’il m’est arrivé l’aventure la plus drôle de la journée, car je m’y suis faite une amie, et tu ne devineras jamais laquelle : Joséphine Baker en personne ! C’est drôle, n’est-ce pas ? Elle est tout à fait charmante et gentille dans le « privé », mais je ne suis pas encore revenue de la drôlerie de l’aventure.

Malheureusement, mes trois G.M. en me voyant en compagnie de Joséphine sur un pied d’intimité, ont senti décupler leur passion pour une jeune fille qui avait de telles relations, et ils ont failli se battre devant le taxi, au retour, parce que chacun d’eux prétendait me raccompagner seul à la maison. Je les ai mis d’accord en les emmenant tous les trois. Maurice Chevalier soupait aussi à côté de nous, mais il est extrêmement antipathique…

1932 10 01-02 Denise à Phil (4)  page 4 de la lettre de Denise

1932 Joséphine 1906-1975 portrait & autographe  photo dédicacée à Denise ce soir-là

1932 Paris Denise Denise à Clichy

 … Réponds-moi tout de suite et ne rêve pas à Joséphine, ou rêves-y si tu veux, car elle est vraiment charmante et d’une correction… Elle ne danse même pas la biguine, figure-toi, elle trouve ça choquant….



[1] Nous sommes dans la nuit du samedi au dimanche 1er octobre. La nuit de la semaine dernière était donc celle du samedi 24 septembre.

[2] Il s’agit du mariage de Solange Bourgoin le 30 septembre, voir les photos. Denise y était demoiselle d’honneur.

[3] G.M. désigne ici l’ingénieur maritime travaillant dans le Génie Maritime : c’est un ingénieur en génie civil spécialisé en génie maritime; les aménagements côtiers concernent une large gamme de structures — digues portuaires, quais, chenaux d’accès, dragages, épis de protection des plages et tous autres systèmes de protection contre l’érosion ; ces aménagements visent à la mise en valeur des zones côtières urbaines, touristiques, industrielles, mais aussi les zones humides autour des estuaires et des lagunes ; l’ingénieur maritime est soucieux des aspects environnementaux des ouvrages qu’il conçoit : les études d’impact sur l’environnement, et plus généralement les options d’aménagement du territoire, font partie de ses responsabilités.

[4] La Boîte à Matelots à Paris est un cabaret parisien fondé en avril 1932 au 10 rue Fontaine 9e arrondissement de Paris, par Léon Volterra à la suite du succès de la même boîte de jazz au Palm Beach de Cannes et portant le même nom.

29 mai 2020

Carte de Denise à Philippe, Gare Montparnasse, lundi 26 septembre 1932

Ça y est ! c’est arrivé[1] dans le train. Tu devines ma joie ! je voudrais que tu sois près de moi pour la partager.

1932 09 26 carte   la carte postale de Denise annonçant la bonne nouvelle

J’espère que tu m’écriras quand même. J’ai voulu t’annoncer cela tout de suite pour que tu sois rassuré.

Envoie une carte de visite.



[1] Je pense que vous les attendiez également… les règles de Denise ! Sinon, je serai né en 1933, avec 20 ans de plus…

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28 mai 2020

Lettre de Philippe à Denise, Bordeaux, 22 septembre 1932

Pierre (Bouzin) t’aura sans doute donné de mes nouvelles en plus de mon adresse. J’ai repris mes habitudes et vais bientôt recommencer à m’enliser. Ma mère devant venir cette semaine, je ne savais pas encore hier quand je serai libre. Le jour que tu as choisi est très bien puisqu’elle ne sera là que vendredi.

Je t’attendrai donc samedi après-midi chez moi.  Apporte si tu les as, les photos du « Paul-Michel » et celles prises à Suzac.

1932 09 22 Royan le Paul-Michel (3)  Denise et Philippe sur le "Paul-Michel", septembre 1932

Tu ne peux te figurer quel plaisir j’aurai à te revoir. Ce ne sera sans doute que très peu de temps, mais nous sommes habitués à être plus longtemps loin l’un de l’autre  que près.

Et puis, tu sais, bien que tu aies trouvé que j’étais différent cet été des autres fois, je n’ai changé, je crois, que pour t’aimer davantage et te revoir est toujours mon plus grand désir.

1932 09 22 Royan Philippe (1)  1932 09 22 Royan Philippe (2)

 Philippe sur un bateau de pêcheurs, 1932

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27 mai 2020

Lettre de Philippe à Denise, Bordeaux mercredi soir 7 septembre 1932

Je partirai de Bordeaux vendredi matin à 8h25 et je serai à Royan à 10h53 –à moins que je rate mon train…

J’espère que ce que tu attends est arrivé[1] à l’heure qu’il est. Je suis assez tranquille de ce côté-là mais je comprends que tu attendes avec impatience. Je vais aller tout à l’heure à la piscine pour la dernière fois. Cet après-midi, j’ai fait mes adieux à Lucas[2] et je me sens plus près de toi.

Piscine Bègles entrée construite de 1930 à 32   piscine judaïque Bordeaux 1949 construite à partir de 1932

 Les piscines de Bordeaux avant-guerre, à gauche, la piscine de Bègles, construite de 1930 à 32, où se rendait probablement Philippe pour ses entraînements; à droite, la grande piscine Judaïque, construite à partir de 1932 (photo prise en 1949)

Je n’ai aucune idée de cadeau pour Simone –maintenant, tu as encore la ressource du linge ou des disques de phono.

Interruption : 3 types sont venus visiter ma chambre… ils ont demandé si on y était « libre ». La propriétaire a répondu que oui à condition de ne pas faire de bruit et en disant cela, elle me prenait à témoin –j’ai manqué en rougir.

1932 09 Royan Philippe  Philippe en 1932



[1] Allusion aux règles que Denise attend impatiemment, suspense…

[2] Lucas : aucune piste sur ce personnage qui n’apparaît qu’une fois. Etait-ce un camarade d’études de Philippe qui habitait le même logement et partait poursuivre des études ailleurs ?

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